Auteur: Stephan Bauman, Wendy Wellman, and Megan Laughlin
Date: 20.07.2010
Category: Pauvreté et richesse
Note de l’éditeur : Cette communication préliminaire pour Le Cap 2010 a été écrite par Stephan Bauman, Wendy Wellman et Megan Laughlin pour server de synthèse du sujet qui sera discuté lors de la session multiplexe sur « Richesse, pauvreté et pouvoir : répondre efficacement par l’intermédiaire de l’Église mondiale et locale ». Vos réponses à cette communication, par le biais de la Lausanne Global Conversation, seront transmises aux auteurs et à d’autres pour les aider à peaufiner leur présentation finale pour le congrès.
Résumé
Ce document étudie les principes bibliques de richesse, de pauvreté et de pouvoir à la lumière des nouveaux programmes de développement économique Savings for Life de World Relief dans la région des Grands Lacs d’Afrique. Des principes sains et des pratiques éprouvées n’ont jamais eu plus d’importance qu’au moment où l’Église mondiale s’efforce de répondre à l’appel que le Christ lui a lancé de favoriser « un avenir et une espérance » pour les pauvres et les opprimés, en particulier les femmes du monde en développement. Bousculant les perceptions traditionnelles de richesse, pauvreté et pouvoir, les groupes d’épargne, propriétés de la communauté, mobilisent leurs propres moyens financiers, prennent soin les uns des autres en période de difficulté et vont au-devant de leur communauté pour les transformer. Il en résulte que des femmes africaines ordinaires favorisent la paix et l’espérance dans certaines des communautés les plus pauvres du monde. Une compréhension biblique de la richesse dans toute son étendue – depuis les dons déversés divinement, le capital spirituel et social, jusqu’à la créativité – est indispensable pour libérer le plein potentiel des personnes qui sont pauvres matériellement et les engager comme agents de création de leur propre avenir sous le regard de Dieu. Cette définition plus large de la richesse – dépassant la définition habituelle de bien-être économique – est explorée et culmine avec trois expressions de richesse dont les exemples sont incarnés par des femmes africaines participant au mouvement d’épargne.
Introduction
C’est lui
Qui cuit sa nourriture dans d’énormes pots d’huile de palme.
Des milliers se sont rassasiés,
Pourtant des restes remplissent douze paniers.
Si nous abandonnons tout cela et nous éloignons,
Si nous laissons son don si grand,
Où irons-nous d’autre ? [1] —Afua Kuima
À la fin, seul Dieu donne. Nous sommes tous nécessiteux, nous dépendons tous de « son don si grand ». Mais nous vivons dans un monde où ses dons ne sont pas les mêmes pour tous. Notre village mondial rétrécit : on n’a jamais connu tant de décadence et de dénuement. Aujourd’hui, ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien se mêlent. Achetez une bouteille d’eau minérale et entendez parler des milliards de personnes qui vivent sans eau potable. Choisissez votre cause et achetez un billet d’avion. Ressentez un soupçon de culpabilité pour avoir dépensé davantage pour un café que les 3 milliards qui survivent chaque jour avec moins. [2] Achetez un produit « rouge »[3] et vous serez au courant des quelque 8 000 personnes mortes aujourd’hui du sida. Allumez la radio et vous serez au courant qu’un enfant meurt toutes les 3 secondes de faim et des maladies liées à la dénutrition.[4] Regardez en direct une catastrophe sur CNN (à la télé).
La tâche de l’Église mondiale consiste à « …donner une expression publique à ces espérances et aspirations mêmes qui ont été si longtemps niées et si profondément refoulées… »[5] L’appel depuis la périphérie n’avait jamais autant claironné, la réponse de l’Église n’avait jamais été si importante. Nous devons nous soucier de « ses si grands dons » pour tous, surtout ceux qui ont à la marge.
En effet, la compassion est devenue centrale dans de nombreuses Églises, que ce soit vers la pauvreté, le VIH et le sida, la traite des personnes ou les catastrophes. Dans le monde majoritaire, les Églises locales – un grand nombre encouragé par l’Église mondiale, un grand nombre de leur propre initiative – conçoivent des programmes pour tendre la main à ceux qui souffrent. Dans le monde occidental, des dizaines de milliers vont en Afrique, Asie, Amérique latine et même Haïti depuis le séisme.
Pendant ce temps, émergeant de la périphérie, il y a des expressions puissantes de promesses, des mouvements qui surmontent la pauvreté et donnent leur autonomie à des femmes dans le monde entier.[6] Aujourd’hui, il y a plus de 100 millions de femmes[7] dans les groupes de microcrédit, beaucoup reçoivent l’équivalent de 50 à 75 dollars en microcrédit pour démarrer ou faire tourner de petites entreprises. Des millions de femmes, travaillant ensemble dans des groupes communautaires, épargnent de petites sommes – souvent à peine un dollar ou moins par semaine ou tous les quinze jours en Asie, Amérique latine et Afrique. Il y a, parmi elles, des femmes qui sont au nombre des plus pauvres et opprimées du monde. Une révolution est en route, un mouvement prophétique pour les femmes, par les femmes.
Ces deux courants – l’intérêt sans précédent et les dons généreux des Occidentaux, couplés aux nouveaux mouvements prometteurs du Sud – sont des raisons pour fêter, mais aussi pour hésiter. Jamais il n’a été plus nécessaire d’examiner les principes et de réfléchir de façon approfondie. Ce document passe en revue les principes bibliques concernant richesse, pauvreté et pouvoir, et les applique au mouvement des groupes d’épargne dans trois contextes africains. L’idée de la richesse comme un don divinement déversé – dépassant la définition habituelle de bien-être économique – est étudiée et culmine avec trois expressions de richesse dont les exemples sont incarnés par des femmes africaines participant au mouvement d’épargne. La Partie I de ce document présente les principes de richesse, pauvreté et pouvoir à partir des textes de la Bible. La Partie II étudie la preuve empirique apportée par le mouvement des groupes d’épargne dans trois contextes africains montrant comment des femmes africaines autonomes sont « riches » de créativité, de sacrifice et de compassion.
Partie I Les principes : richesse, pauvreté et pouvoir
Pour guérir la relation entre les riches et pauvres, il faut se poser loyalement quelques questions – tant théologiques que pratiques – concernant la richesse, la pauvreté et le pouvoir. Le concept hébreu de Shalom, rédemption de toutes les sphères de la vie pour parvenir à « l’harmonie voulue » par Dieu[8], est l’antithèse de la pauvreté et de l’injustice. Le shalom envisage un monde de relations justes et paisibles – avec Dieu, soi-même et les autres, ainsi qu’avec la création. La Missio Dei, mission de Dieu, vise le shalom dans tous les recoins de la vie et exige un règlement des relations entre les riches et les pauvres. Elle commence avec l’amour de Dieu, s’étend avec la compassion et la justice répandues par les pieds et les mains du peuple de Dieu et culmine dans l’espérance pour les nations. Sans être exhaustifs, les principes suivants concernant la richesse, la pauvreté et le pouvoir sont fondateurs pour ceux qui cherchent à porter la paix et l’espérance à un monde brisé.
Tout être humain est riche en raison de la nature de l’image qu’il porte et de son potentiel créatif donné par Dieu ; tout être humain est pauvre à cause de la chute. Nous portons tous l’image du Dieu de l’univers, l’Imago Dei. Tous les êtres humains ont été créés à l’image de Dieu, dotés d’une valeur égale et infinie et, ce qui est important, dotés d’un potentiel créatif. Puisque nous sommes tous enfants de Dieu, nous sommes riches. À notre époque de consumérisme et de matérialisme, il n’a jamais été plus important d’aller au-delà d’une définition étroite du genre humain. Nous devons éviter de nous mesurer principalement en fonction de notre utilité, de notre production ou de nos revenus.
Pensez à la richesse des pauvres. Ceux qui sont matériellement pauvres dans le monde font preuve de vivacité, de force humaine, de persévérance, d’ingéniosité, accompagnées d’une foi et d’une joie sans précédent – leurs circonstances désastreuses et leur « richesse » étant souvent corrélées. Pensez aussi à la pauvreté des riches. Remarquez leur recherche d’un sens pour leur vie, leur poursuite de la décadence et leur apathie. Nous savons aussi que notre « qualité de porteur d’image », tant celle des riches que celle des pauvres, a été abîmée par la chute.[9] Nul n’échappe au brisement et au besoin de rédemption. Nous avons tous besoin de voir nos vies morcelées recollées. Nous sommes tous riches ; nous sommes tous pauvres.
Indépendamment d’une compréhension biblique de la richesse dans toute son étendue – depuis les dons distribués divinement, le capital spirituel et social[10], jusqu’à la créativité – il est impossible de libérer le plein potentiel des personnes qui sont pauvres matériellement et de les engager comme agents de création de leur propre avenir sous le regard de Dieu. Saisir et vivre ce principe, tant en Occident que dans le Sud, est indispensable pour traiter la pauvreté et l’injustice, ainsi que pour soutenir l’espérance dans notre monde actuel.
La richesse matérielle, ou économique, est une expression du désir de Dieu, désir de bénir son peuple qui, par elle, est à son tour appelé à bénir tous les peuples. La bénédiction abrahamique[11], béni pour être une bénédiction, encadre la compréhension biblique de la richesse. Nous sommes appelés à « gérer la richesse d’une manière qui étende le royaume de Dieu. »[12] La propriété privée est autorisée par les Dix commandements[13], elle présuppose le don charitable[14] et elle est la base de l’Église néo-testamentaire.[15] Il n’en reste pas moins que Dieu seul est le propriétaire absolu[16] et que nous ne sommes donc que de simples gérants de toutes les richesses.
La richesse matérielle peut aussi nous éloigner de Dieu. L’histoire a montré que la chute avait profondément détérioré notre capacité à bénir les autres de la bénédiction que nous avons reçue. Jésus nous a sévèrement mis en garde contre la tentation des richesses[17] ; il a parlé de « deux maîtres »[18] et nous a exhortés à commencer par placer son royaume au-dessus de toute autre chose.[19] Aujourd’hui, les personnes qui sont riches matériellement « découvrent que la richesse n’apporte pas par elle-même sens et plénitude, ils commencent à chercher des réponses. »[20] Si Dieu bénit par l’intermédiaire de la richesse, l’abondance matérielle est souvent un obstacle.
La richesse matérielle n’est ni une promesse ni une garantie, liée à l’obéissance ou au dur labeur. Alors que la totalité du peuple de Dieu jouira un jour de l’abondance complète de richesse comme une bénédiction dans le ciel et la terre rachetés, dans ce temps-ci, « on ne peut faire aucune prédiction sur le niveau de prospérité matérielle que Dieu accordera à un quelconque croyant » ou peuple de croyants.[21] Selon John Stott : « Il nous faut avoir le courage de rejeter absolument “l’évangile de la santé et de la richesse”. C’est un faux évangile. »[22]Les causes de la pauvreté sont nombreuses et complexes. Catastrophes naturelles, guerre, péché, injustice structurelle, manque de technologie, piètres politiques ou gouvernance, corruption, abus de pouvoir, lois foncières et contractuelles injustes, colonialisme, dégradation environnementale et vision du monde non biblique contribuent tous à la pauvreté.[23] Les causes de la pauvreté sont aussi étroitement liées. Les avancées technologiques sont une aide, mais les politiques commerciales qui les accompagnent peuvent être une entrave. Par exemple : des années d’importations bon marché provenant des Etats-Unis en Haïti ont décimé l’agriculture haïtienne y compris, plus particulièrement, ses récoltes de riz.[24] La révolution verte a enrayé la famine en Asie, mais son incapacité à atteindre l’Afrique a conduit à des millions de morts.[25] Les subventions pour l’agriculture nord-américaine et européenne, ainsi que le manque d’investissement dans l’infrastructure de l’Afrique subsaharienne ont contribué à cet échec. Somme toute, traiter une ou plusieurs causes de pauvreté, sans comprendre les facteurs qui y contribuent peut renforcer l’enracinement de la pauvreté au lieu de la soulager.
La pauvreté est par essence relationnelle. Nous avons tendance à définir la pauvreté de façon étroite, essentiellement en termes économiques, comme un manque matériel. Si la pauvreté était simplement fonction du revenu, nous l’aurions résolue depuis longtemps. Au cours des 45 dernières années, nous avons investi près de 600 milliards de dollars pour aider l’Afrique. Mais, d’après William Easterly, ancien économiste en chef à la Banque mondiale, « cela n’a rien donné – au cours de ces mêmes 42 années, le taux de croissance par tête de la nation médiane africaine est resté proche de zéro. » En fait, le point de vue matériel est insuffisant – une compréhension plus profonde est nécessaire.
S’appuyant sur les œuvres de Robert Chambers, John Friedmann et Jayakumar Christian, Bryant Myers définit la nature de la pauvreté comme étant par essence relationnelle. « [Il s’agit] de relations qui ne fonctionnent pas, qui isolent, abandonnent ou dévaluent. »[26] En essence, les relations brisées avec Dieu, les autres, la communauté, l’environnement et soi-même conduisent à des problèmes dans les domaines d’ordre spirituel, politique, social, économique et physique de la société. Les relations éclatées qui en résultent conduisent aux manifestations majeures de pauvreté : dépendance, humiliation, injustice, oppression et besoin physique. Une relation cassée avec Dieu conduit à toutes sortes de pièges spirituels. Des visions du monde inappropriées conduisent généralement à des idéologies injustes, les principautés démoniaques invitent l’oppression et une base éthique faible conduit à la corruption. Les problèmes sociaux résultent de relations brisées entre les individus, qui sont les ramifications du péché personnel et systémique.[27] Le point de vue biblique pour vaincre la pauvreté, c’est-à-dire : des relations justes et paisibles avec Dieu, les autres, soi-même et l’environnement, dérive du double commandement : « tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. »[28]
La pauvreté dépouille les gens de leur dignité, de leur valeur et de leur créativité. Selon les mots mêmes d’une femme moldave : « la pauvreté est souffrance ; elle ressemble à une maladie… elle ronge la dignité de la personne et fait plonger dans un désespoir total. »[29] Sa nature et ses conséquences sont complexes et l’étendue de ses causes est difficile à identifier. Les Africains, les Asiatiques ou les Latino-américains définissent la pauvreté en termes sociaux et psychologiques, ils mentionnent : « la honte, l’infériorité, l’impuissance, l’humiliation, la peur et le désespoir… »[30] Dans l’Ouganda urbain, un étudiant est allé visiter deux ménages vivant dans le bidonville. À premier abord, les ménages étaient les mêmes. Toutes deux étaient dirigées par la mère, une femme d’une trentaine d’années ; les deux femmes vivaient de revenus similaires. La première maison était cependant propre et bien tenue. La seconde ne l’était pas. La première mère respirait l’hospitalité inconditionnelle, partageant le peu de nourriture qu’elle avait avec ses hôtes. La seconde se plaignait de son sort, de sa pauvreté.[31] Pour la seconde femme, la pauvreté avait investi non seulement sa situation, mais aussi la façon dont elle se considérait elle-même.
L’effet total de la pauvreté sur une période prolongée peut engendrer chez les personnes pauvres ce qu’Augustine Muspole appelle une « pauvreté d’être » ou, comme le dit Jayakumar Christian, une « identité abîmée ». D’après Myers : « Une vie de souffrance, d’erreur et d’exclusion est intériorisée de telle sorte que la personne pauvre ne sait plus qui elle est véritablement ni pourquoi elle a été créée. C’est l’expression de la pauvreté la plus intense et la plus profonde. » [32] Le résultat, c’est que de nombreuses personnes croient qu’elles sont oubliées de Dieu et isolées loin des expressions de son amour. Le résultat net de la « pauvreté d’être » est destructif, non seulement dans les relations avec Dieu et soi-même, mais aussi dans les relations avec les autres, la communauté et la société. Ses conséquences vont très loin.
La pauvreté affecte plus les femmes que tout autre. Dans la majeure partie du monde, aujourd’hui, être femme c’est être pauvre. Les femmes constituent 70 pour cent des pauvres, 66 pour cent des illettrés, près de 80 pour cent des réfugiés du monde et 75 pour cent des malades. Si les femmes forment la moitié du monde, elles font près des deux tiers du travail mondial et ne reçoivent que 10 pour cent du revenu mondial.[33] Elles sont la majorité des agriculteurs du monde, mais ne possèdent qu’un pour cent des terres. Les femmes prennent soin de la plupart des malades du monde, mais elles ont moins de chances de recevoir un traitement quand elles sont malades. Dans le monde entier, l’accouchement reste pour les femmes la cause principale de décès et d’infirmité. Les femmes prises dans des zones de guerre sont menacées de viol comme arme de l’ennemi et comme trophée des vainqueurs.[34] Plus d’un million de filles sont chaque année l’objet de la traite humaine, beaucoup en vue de l’esclavage sexuel. Et puis, il y a les femmes qui ne sont tout simplement pas là : l’économiste Amartya Sen estime à plus de 100 millions les filles qui sont absentes du monde actuel en raison d’années de « gynécide » dans des pays comme la Chine ou l’Inde.[35]
À l’opposé des normes sexuelles de son époque, Jésus ne s’est pas seulement identifié aux pauvres, mais il est allé vers les femmes. Un petit groupe de femmes, des amies, pas moins, a voyagé avec lui et l’a soutenu financièrement. [36]Il a parlé avec la femme samaritaine au puits public et le témoignage qu’elle en a porté a mis la ville voisine sens dessus dessous (« Plusieurs Samaritains de cette ville crurent en Jésus à cause de la parole de la femme… »[37]). Jésus a permis à une femme « pécheresse » de le toucher, de l’oindre pour sa mort. Il lui a pardonné et a fait son éloge comme de quelqu’un qui « a beaucoup aimé »[38]. Et, après sa résurrection, il s’est révélé en premier à une femme, Marie-Madeleine.[39]
Le pouvoir est un moyen pour établir la justice. La mission consistant à utiliser le pouvoir pour apporter la justice à tous est comme un fil rouge tissé dans tout le récit biblique.[40] L’idée de shalom représente une justice primaire (tsadaq, dans le texte hébreu), où « les relations sont justes »[41] et où la justice « corrective » (mishpat) découle de ces relations justes. Le pouvoir, utilisé comme il faut, apporte le shalom.
Jésus « a été une menace constante pour les centres du pouvoir : il a provoqué leur fureur et ils se sont levés contre lui. »[42] Et pourtant, il a habité avec les impuissants – les marginalisés, les pauvres paysans.[43] Il a mangé avec eux. Il les a guéris. Il s’est fait pauvre et il a habité parmi eux. La crucifixion de Jésus a été l’ultime protestation contre la souffrance et l’oppression des puissants.[44] Dans cet acte final, Jésus a renversé les structures de pouvoir de son époque et pour tout le reste de l’histoire. Nous qui sommes disciples du Christ, nous avons reçu le mandat d’utiliser son autorité, la puissance de Dieu, pour apporter la justice, le shalom, à un monde brisé.
Le pouvoir est souvent utilisé abusivement, causant oppression et injustice. Il n’y a pas d’autre domaine que celui du pouvoir qui ait été autant affecté par le péché, tant personnel que systémique. L’histoire nous montre continuellement le puissant « ignorant ou maltraitant » l’impuissant. David Bosch appelle le pouvoir : « le vrai problème », il déclare que la pauvreté ne peut être vaincue sans un « transfert de pouvoir ».[45] Bread for the World dit : « Ceux qui ont faim n’ont pas le pouvoir de mettre en terme à leur faim. »[46] Malheureusement, les personnes qui souffrent de « pauvreté d’être » ne comprennent pas la force que leur a accordée leur Créateur. Leur impuissance peut être infligée par eux-mêmes, mais malheureusement exploitée par les puissants qui les entourent. Il est certain qu’une compréhension biblique du pouvoir et de la rédemption des structures abusives du pouvoir est indispensable pour apporter le shalom.
Pour ceux qui cherchent à vaincre l’injustice et l’oppression, qu’impliquent ces principes ? Premièrement, nous devons redécouvrir l’Évangile. Seul l’Évangile, « avec ses témoins – en paroles, en actes et dans la vie ordinaire… présente la vision d’un monde nouveau, un monde différent, un monde qu’il est légitime d’espérer. » [47] L’Évangile rassemble les personnes pour le culte, il conforte leur dignité, il appelle la créativité et il les met en lien direct avec le Dieu de l’histoire. Il met en avant un ensemble fondateur de valeurs pour attirer les gens au-delà d’eux-mêmes. Il oriente la communauté vers les autres. L’Évangile appelle à une action concrète pour la communauté émanant du sein de la communauté ; c’est un appel intrinsèque, un appel capable de vaincre les pires formes d’injustice et d’oppression. En outre, l’Évangile est auto-prophétique – il met en question le statu quo pour se protéger contre l’apathie et le pouvoir égoïste.
Deuxièmement, dans la mesure où nous cherchons à résoudre les questions de pauvreté à l’aide de solutions superficielles – tendance actuelle surtout chez les nouveaux venus dans les questions de pauvreté – nous risquons d’aggraver les souffrances. Les solutions superficielles dérivent habituellement d’une définition trop simple de la pauvreté, en tant que privation matérielle, manque d’éducation ou d’une mécompréhension de Dieu. Un groupe d’étudiants universitaires qui étudiaient la pauvreté en Éthiopie, au Soudan et en Ouganda a appris que leurs hôtes avaient été choqués et s’étaient sentis insultés quand les étudiants les avaient identifiés comme pauvres. [48] Bien qu’étudiant les questions de pauvreté, ces étudiants avaient des idées préconçues de ce qui constitue la pauvreté. Ils n’ont pas tardé à apprendre que celui que nous appelons pauvre n’est pas celui qu’ils appellent pauvre. Alors que l’Occident tend à faire reposer la pauvreté sur le revenu – y compris la mesure quelque peu arbitraire de la Banque mondiale de 1 dollar par jour comme norme de la pauvreté absolue – de nombreuses personnes la font reposer sur les avoirs, comme des animaux ou des terres. Les solutions simplistes n’ont pas compris le contexte, la langue et la culture de l’endroit. Les solutions hâtives peuvent conduire à inconsciemment « jouer à Dieu » dans la vie des pauvres matériellement et ce faisant à renforcer leur sentiment d’infériorité.[49]
Troisièmement, nous devons utiliser les forces de la communauté plutôt que de dépendre de l’extérieur. Trop souvent, des personnes bien pensantes du monde occidental cherchent à aider les pauvres en leur donnant des choses.[50] Elles partent du principe que les pauvres n’ont rien, ni avoirs ni forces sur lesquels construire. Bien que partant de bonnes intentions, ces bons Samaritains cherchent à travailler « pour les pauvres »[51] ou même « avec les pauvres », mais, ce faisant, ils étouffent trop souvent l’initiative locale.[52] Une telle position, et les modèles de ministère qui lui correspondent, peuvent augmenter la pauvreté enracinée, surtout les formes de pauvreté qui résultent du sentiment d’infériorité des personnes matériellement pauvres.[53] Le ministère exercé « par les pauvres » au sein de leur propre communauté possède le potentiel pour transformer de l’intérieur. L’appropriation est plus élevée. Le changement est durable et même se multiplie. Le développement reposant sur les avoirs – approche qui commence à partir des forces et du potentiel des gens au lieu de leurs besoins et leurs manques – commence par « poser à ceux qui sont matériellement pauvres la question de comment ils peuvent être gérants de leurs dons et moyens propres, chercher à restaurer les individus et les communautés pour qu’ils soient ce que Dieu voulait qu’ils soient quand il les a créés dès le début de la relation. »[54] Il construit à partir des prémisses bibliques : Dieu est et a été à l’œuvre dans chaque communauté du monde – il y a de bonnes choses dans toute la création de Dieu. Ceci reste vrai même dans les communautés les plus appauvries. Même le plus petit talent peut, investi sagement, être multiplié. Rowan Williams aborde ce thème :
Les tentatives pour contourner les réseaux locaux, les styles locaux de prise de décision et, par-dessus tout, les raisons locales pour les actions et le changement, produisent invariablement le ressentiment et la perplexité. Ce que voient les personnes, c’est un programme qui n’est pas le leur, activé par des étrangers qui prétendent agir en leur nom… Si les processus et programmes de développement ne sont pas paralysés par de tels ressentiments et méfiances, ayant pour conséquence que les communautés locales ne parviennent pas à se considérer comme des agents de leur propre changement, un potentiel énorme ne parvient pas à être réalisé.[55]
C’est justement parce qu’elles font partie des plus pauvres et vulnérables que les femmes doivent particulièrement prendre la direction des choses, comme agent du changement, en surmontant leur propre pauvreté et celle des membres de leur communauté. La direction de femmes par elles-mêmes est cruciale pour renverser les idées bien enracinées de dépendance et de pouvoir. L’avenir n’est pas quelque chose qui est accordé aux femmes pauvres par les nantis. Au contraire, les communautés doivent vivre l’espérance pour les pauvres, par les pauvres, revendiquant la dignité que Dieu leur a donnée et accomplissant la promesse de restauration dans toute sa plénitude.
Partie II La pratique : Les femmes africaines et leur richesse grâce à l’épargne
Nous attendons encore de voir une révolution dans la moitié de la terre – les femmes de ce monde. La pauvreté et l’appartenance sexuelle sont corrélées de façon importante. Mais il y a de l’espoir. Des millions de femmes, dont beaucoup font partie des personnes les plus pauvres et opprimées, commencent de petites entreprises, envoient leurs enfants à l’école et transforment leur communauté de leur propre initiative. Les témoignages sont irréfutables : de petites augmentations dans le revenu des femmes profitent à tout le foyer : meilleure éducation des enfants, meilleure nutrition, davantage de visites au dispensaire local et augmentations des avoirs du foyer.[56] Quand les mamans gagnent de l’argent, les enfants apprennent et mangent mieux aussi. En outre, dans certains pays, les maris respectent davantage leur femme et les traitent mieux quand elles contribuent au revenu familial.[57] Ce qui est important, c’est que de nombreux clients forment des amitiés profondes et dépendent de leur groupe comme source d’encouragement et lieu pour exprimer leur foi commune. Les clients s’entraident de façon sacrificielle. Des groupes de clients vont dans leur communauté pour améliorer la vie de leurs voisins.
La recherche a découvert que les personnes qui sont pauvres matériellement, même celles qui sont extrêmement pauvres, mettent en fait de l’argent de côté.[58] Elles épargnent pour se préparer aux imprévus, pour satisfaire aux obligations sociales – comme les mariages, les funérailles, les fêtes – pour démarrer ou faire tourner de petites entreprises et pour répondre aux changements saisonniers de trésorerie. Ces épargnes réduisent la vulnérabilité, font croître la confiance et élèvent les niveaux de vie. Les personnes pauvres matériellement ne sont pas seulement capables d’épargner sur l’argent qu’elles gagnent aujourd’hui mais, en utilisant des pratiques disciplinées d’épargne, elles rompent les cycles de pauvreté, réduisent la vulnérabilité du foyer et accroissent les occasions de progrès économique. Ce qui est le plus important, c’est qu’à mesure que les personnes matériellement pauvres épargnent – surtout les femmes – elles forment de nouvelles communautés grâce à leurs groupes d’épargne et, ensemble, elles touchent leur voisinage.
L’un de ces programmes s’appelle Savings for Life. La méthodologie en est assez simple pour permettre à des agriculteurs illettrés de participer facilement, mais suffisamment souple pour accueillir des approches plus complexes quand les besoins d’investissement changent. Avec le soutien des églises locales et de World Relief, un groupe de 20 à 35 membres de la communauté, en général des femmes, s’unit pour commencer un groupe d’épargne. Le groupe fixe les qualités à remplir pour devenir membre, élit un chef de groupe et fixe le montant minimum que chaque membre doit apporter à l’épargne, même moins d’un dollar – lors des réunions régulières du groupe. Ceux qui sont capables d’épargner davantage achètent des « parts » d’épargne pour augmenter l’avoir de leur compte. La pression positive exercée par les pairs, ainsi que la formation continuelle, aident les membres à être fidèles à leur plan d’épargne ; un système transparent de comptabilité permet au groupe de conserver l’argent lui-même dans une boîte fermée à clé (puisque les exigences minimales des banques formelles mettent souvent hors de portée les comptes bancaires). Avec le temps, le total du « pot » des finances du groupe s’accumule et les membres du groupe peuvent poser leur candidature pour un petit prêt – souvent compris entre 15 et 35 dollars – qui permet à la personne d’accéder à un plus grand montant de capital d’un seul coup. Beaucoup l’investissent pour démarrer ou étendre une petite activité génératrice de revenus. Tous les membres remboursent les prêts au groupe avec un intérêt (dont le taux est fixé par le groupe), ainsi la somme totale pour le financement de prêts augmente, permettant à d’autres membres de grandir et d’étendre leur entreprise. Grâce à l’approche de Savings for Life, des personnes pauvres – surtout des femmes – comptent sur leur propre direction, fixent leurs propres normes, dépendent d’un revenu qu’elles génèrent elles-mêmes et apportent un soutien mutuel aux autres membres. Chaque étape du processus est entre leurs mains et c’est ce qui produit un changement durable.
Au cours de l’été 2008, le partenaire local de World Relief au Burundi a lancé, dans la province rurale de Bujumbora, Shigikirana (ce qui signifie : « Nous nous soutenons mutuellement ») qui est un programme Savings for Life. Au cours de ses premiers dix-huit mois d’exercice, le personnel de Shigikirana et les agents communautaires locaux ont formé plus de quatre mille personnes à la méthodologie du programme et ils projettent d’atteindre 55 000 membres de la communauté d’ici à 2015. Fin février 2010, les 3 749 membres actifs des groupes Shigikirana avaient à eux tous accumulé un total s’élevant à plus de 29 000 dollars en parts d’épargne. L’épargne accumulée jusqu’ici par les épargnants de Shigikirana est stupéfiante, étant donné surtout que 93 pour cent de la population du Burundi vit avec moins de 2 dollars par jour.[59] Depuis le lancement de son programme au Burundi, World Relief a lancé des programmes Savings for Life au Rwanda et au Kenya ; il envisage d’étendre les programmes à l’Inde, en Haïti, au Cambodge et au Malawi.
Les témoignages suivants, fournis par Savings for Life, sont organisés autour de trois thèmes de « richesse » et présentent des femmes africaines du Burundi, du Rwanda et du Kenya comme des héroïnes – voire, en fait, des prophètes des temps modernes – qui ont surmonté leur propre pauvreté et sont allées vers leur communauté d’une manière sans précédent.
La richesse de l’autonomie : Des femmes africaines surmontent la pauvreté
Le désespoir, la honte, l’impuissance et le manque d’estime de soi constituent chez les femmes pauvres matériellement une « identité abîmée », ou « pauvreté d’être », qui inhibe les femmes dans la réalisation du potentiel que Dieu leur a donné. Le ministère de l’Église doit « infiltrer le désespoir pour qu’il soit possible de croire et d’embrasser un nouvel avenir… »[60] Les groupes d’épargne offrent des expériences transformatrices. Les femmes deviennent des épargnantes, des prêteuses, des gestionnaires, des gérantes, des fournisseurs, des responsables, des collaboratrices, des pourvoyeuses de soins et des participantes sociales actives dans la communauté où elles vivent. En gérant toutes leurs opérations personnelles, elles acquièrent un vocabulaire financier et des savoir-faire de direction. Beaucoup de femmes, après avoir participé à leur propre groupe, vont mobiliser d’autres groupes dans la communauté. Au Burundi, les femmes des groupes d’épargne Shigikirana se portent bénévoles comme « sensibilisatrices communautaires » et vont dans tout leur voisinage parler des groupes qui se forment et de comment Dieu est à l’œuvre pour transformer leur situation. Participer à un groupe d’épargne crée une énergie nouvelle faisant des femmes les agents du changement dans leur vie personnelle et dans la vie de ceux qui les entourent.
Alice est un exemple d’autonomisation. Alice est grand-mère et elle garde ses trois petits-enfants qui vivent avec elle dans la commune de Ruziba dans la province de Bujumbura au Burundi. Le fils d’Alice est mort accidentellement, laissant à sa femme et à Alice la charge de prendre soin des enfants avec des moyens très limités. Ne se reconnaissant ni savoir-faire ni capacité pour gagner un revenu, elle dépendait de la charité des autres membres de la communauté pour les soutenir, elle et ses petits-enfants. Alice se souvient d’être restée assise tout le jour, désespérée, craignant pour l’avenir de ses petits-enfants. Après être entrée dans le groupe d’épargne de Ruziba, Alice a décidé de demander un prêt de 27 000 francs burundais (21 dollars) pour commencer une petite entreprise de vente de charbon de bois et de farine. Son revenu augmentant, elle a étendu son entreprise à la vente de savon et de nourriture. Elle prévoit d’étendre son entreprise et, avec l’augmentation de ses revenus, d’acheter un terrain pour que ses petits-enfants y vivent. Quand Alice ou l’un de ses petits-enfants est malade, les membres de son groupe viennent l’aider. Malgré son âge avancé, Alice persévère, utilisant la créativité que Dieu lui a donnée pour construire une vie agréable pour sa famille.
Béatrice a 37 ans, c’est une ancienne réfugiée rentrée chez elle au Burundi. Son mari est mort il y a quatre ans et, si être veuve dans un pays sortant d’un conflit est chose commune, d’ordinaire une femme puise sa force dans ses enfants. Mais, Béatrice est stérile. Cela a donné à son défunt mari « l’autorisation » culturelle de prendre une seconde épouse. Après le décès du mari de Béatrice, la famille de celui-ci a donné à la seconde épouse et à ses enfants ses avoirs et ses biens, ne laissant presque rien à Béatrice. La dépouillant de sa stabilité financière et de sa valeur sociale, son mari l’a cependant laissée avec une dernière chose. Béatrice a le VIH. Elle vivait tout au bas de l’échelle de sa société, mais un jour, Béatrice est entrée dans un groupe d’épargne appelé « Rukundo », ce qui signifie « amour » dans le dialecte de Kirudi. Grâce à ce groupe d’épargne, Béatrice rencontre régulièrement 20 autres femmes. Sa dignité et son juste sentiment de fierté personnelle ont grandi quand les autres l’ont élue comme présidente du groupe d’épargne. Béatrice a peu à peu commencé à épargner de l’argent. Avec un petit prêt du groupe, elle a non seulement commencé une petite entreprise, mais elle a réussi à louer les services d’une personne pour l’assister. Elle utilise les bénéfices pour rembourser le prêt et pour épargner encore plus. Son groupe d’épargne est pour elle une source de soutien et d’encouragement – elle n’est plus seule. Malgré tout ce qu’elle a enduré, Béatrice dit aujourd’hui qu’elle est une femme bénie. C’est une femme autonome « capable de chanter et de danser pour guérir et pardonner. »[61]
La richesse de l’amitié : Des femmes africaines créent des communautés d’espérance
Le processus d’utiliser ses avoirs financiers et de les augmenter grâce aux groupes d’épargne fait plus qu’autonomiser. Comme le fait remarquer Walter Brueggemann : « les questions de la liberté de Dieu et de son désir de justice ne sont pas toujours exprimées principalement dans les grandes questions actuelles et n’ont pas besoin de l’être. On peut les voir quand des personnes essaient de vivre ensemble et manifestent leur souci pour leur avenir et leur identité qu’elles partagent. »[62] L’épargnante découvre la solidarité et un « avenir partagé » avec les autres membres de son groupe. Les rencontres du groupe offrent un espace où les femmes peuvent s’encourager mutuellement, parler des soucis de la vie, partager leur foi et prier ensemble. Les membres des programmes Savings for Life de World Relief disent souvent que ces aspects intangibles de leur participation sont les plus importants.
Glorious Kayoya, femme d’un pasteur d’une église de Ruziba, Burundi, est membre d’un groupe d’épargne que son église a contribué à promouvoir. Glorious explique que la réconciliation dans une communauté affectée par des années de conflit violent est l’un des bienfaits intangibles que les groupes d’épargne apportent à sa communauté :
« Avant la formation de ces groupes, les membres ne se rendaient jamais visite les uns aux autres. Il y avait de grands conflits dans l’église, entre les membres. Mais quand les groupes ont commencé à se former, ils se rassemblaient autour d’un objectif. Quand il y a quelque chose qui vous rassemble, vous apprenez à vous connaître les unes les autres. Vous travaillez ensemble. Et, à la fin, la réconciliation a lieu. Notre église a fait l’expérience de la réconciliation. Le conflit s’est arrêté. Et ensemble, nous voyons que nous avons un projet pour ce que nous voulons accomplir dans la vie. »
Une autre femme, membre d’un groupe d’épargne de Ruziba, dit ceci : « Il y a de l’amour. Dans ce groupe, il y a de l’amour les unes pour les autres. Maintenant, quand nous avons un problème, nous allons vers notre groupe. Il y a un grand amour pour nous soutenir et nous aider mutuellement que nous n’avions pas auparavant. »
Quand l’entreprise d’une femme grandit et prospère, le groupe d’épargne tout entier se réjouit. Si un membre rencontre un contretemps financier, les membres l’aide à résoudre son problème pour qu’elle puisse rembourser son prêt au groupe et continuer à épargner. Les groupes d’épargne forment un réseau de relations grâces aux obligations financières mutuelles, aux amitiés et au partage des tragédies et des triomphes. Au lieu d’être des individus au bas de l’échelle sociale, frappés par la pauvreté et secoués par les circonstances, les épargnantes travaillent ensemble et deviennent des équipes très soudées. Elles peuvent contribuer à parts égales à un « fonds social »[63] spécial – une réserve commune d’urgence utilisée pour aider celles qui sont dans le besoin.
Nancy, membre du groupe Kisa de Kitengela, est une jeune femme qui a souvent amené son fils en bas âge aux réunions de son groupe, jusqu’à ce qu’il tombe malade et meure. Le groupe, relativement nouveau à l’époque, a pris la totalité de son fonds social de 500 shillings kenyans (7 dollars) et y a ajouté une contribution supplémentaire de 500 shillings pour aider Nancy à couvrir les frais d’inhumation de son fils. Les membres du groupe ont assisté à la cérémonie d’enterrement et réconforté Nancy qui pleurait la mort de son bébé. Le mari de Nancy a été tellement impressionné par le soutien du groupe qu’il insiste maintenant pour que sa femme ne manque aucune des rencontres du groupe.
La solidarité et l’avenir partagé entre les membres du groupe transcendent l’aspect financier. L’encouragement, la prière et l’amour en période de crise servent à bâtir un nouveau sens de communauté. Les groupes d’épargne deviennent des communautés d’espérance « placées sur une montagne »[64] qui inspirent les autres.
La richesse de la compassion : Des femmes africaines comme philanthropes et activistes
Les femmes des groupes d’épargne font preuve d’une volonté immense de se sacrifier les unes pour les autres et pour leur communauté. Certaines étaient autrefois si pauvres qu’elles mendiaient mais, avec le temps, leur implication dans les groupes d’épargne a complètement inversé les rôles. Les femmes des groupes d’épargne deviennent philanthropes et activistes, étendant leurs modestes ressources pour servir d’autres qui sont sans ressources.
Parmi les plus marginalisés au sein de communautés pauvres de l’Afrique subsaharienne se trouvent les personnes vivant avec le VIH et les enfants orphelins et vulnérables. Outre les effets physiques, la stigmatisation sociale isole encore davantage ceux qui souffrent du VIH et du sida. Tout comme le Christ est allé, de son temps, vers les lépreux et ceux qui étaient considérés comme « impurs », les femmes des groupes d’épargne se mettent au service des personnes marginalisées de leur société. À Gitega, Burundi, deux groupes d’épargne ont été émus par les besoins de deux femmes séropositives sans abri. Dans les deux cas, les groupes ont soutenu les femmes en leur construisant une maison. Un des groupes a utilisé son fonds social pour acheter les matériaux tandis que d’autres membres participaient à la construction. Dans le second cas, le groupe a construit la maison, mais il lui manquait les fonds pour terminer et construire le toit. Un administrateur communal qui passait par là s’est arrêté pour demander aux membres du groupe de qu’elles faisaient. Quand il a entendu qu’elles étaient en train de construire une maison pour une femme vivant avec le VIH, l’administrateur a mobilisé les fonds nécessaires restant pour achever le toit. Deux vies de femmes ont été changées de façon permanente parce que des femmes des groupes d’épargne ont incarné la compassion.
Les femmes des groupes d’épargne du Burundi, du Kenya et du Rwanda servent de plateformes pour atteindre les enfants vulnérables de leur communauté. Aninette Nzisabira, une femme au foyer burundaise, ne pouvait vraiment pas imaginer les bienfaits de faire partie d’un groupe d’épargne quand elle y est entrée. Son attitude a changé quand elle a reçu un prêt de 20 000 francs burundais (16 dollars) de la part du groupe pour acheter une chèvre. Avec le temps, elle a acheté une machine à coudre et commencé une petite entreprise de couture qui fabrique du linge de table. Ayant grandi elle-même comme une orpheline, Aninette rêvait depuis longtemps de soutenir et de prendre soin d’autres orphelins, mais elle en était empêchée par sa situation financière. Aujourd’hui, Aninette dit : « Maintenant j’ai une orpheline en garde et je vais lui enseigner des savoir-faire de la vie comme de faire des nappes. Nous pouvons travailler ensemble dans ma boutique et notre avenir sera meilleur. » La pauvreté ne paralyse plus la capacité d’Aninette à aider et son revenu accru ne lui a pas fait oublier ce qu’elle avait autrefois souffert. Au contraire, elle fait preuve d’une nouvelle compassion.
Rose est la présidente du groupe Noonkipir au Kenya, c’est un groupe de 16 femmes qui se retrouvent dans un petit espace derrière l’institut de beauté de la responsable de la tenue des dossiers du groupe. Dans sa communauté, de nombreux enfants sont orphelins, beaucoup suite à l’épidémie de VIH/sida. Les orphelins viennent voir Rose tous les jours, certains dorment sur son plancher. Un jour, alors qu’elle présidait la rencontre de son groupe, Rose a fondu en larmes de chagrin. Elle se sentait débordée et brisée par les besoins des orphelins de la communauté, qu’elle était incapable de soutenir à elle seule. Avec son groupe, elles ont décidé de dédier dans leur statut un pourcentage au fonds social du groupe qui servirait à soutenir les orphelins dans leur communauté. Et, après une rencontre, la totalité du fonds social a été donnée à deux orphelins plus âgés qui étaient les seuls pourvoyeurs de soins de leur fratrie. Le groupe a aussi décidé qu’au moment où aurait lieu le partage des bénéfices de fin d’année, chaque membre consacrerait une partie de ses bénéfices aux orphelins. Ce groupe d’épargne imprime une différence tangible importante dans la vie des enfants vulnérables qui les entourent. À mesure que leur fonds social continuera de se remplir grâce aux activités d’épargne courantes, leur impact ne fera que grandir.
Des femmes africaines, autrefois considérées pauvres et sans ressources, vont de l’avant pour aider les veuves, les orphelins et les personnes vivant avec le VIH et le sida dans leur communauté. Ce qui est le plus important, c’est que ces femmes servent les autres à partir de leurs moyens propres, de leurs propres forces et initiative. Leurs actions vont bien au-delà de la vision traditionnelle de la richesse quand elles surmontent la pauvreté et l’injustice par la restauration et la compassion.
Conclusion
Elizabeth est une femme de foi et de rêves. Veuve, Elizabeth vit avec ses trois enfants, dont deux sont grands et le troisième a 12 ans. Dans le petit village de Biraka, Kenya, Elizabeth est entrée dans le groupe Miracle de Biraka. En langue masaï, « Biraka » veut dire « abreuvoir », c’est la promesse d’une subsistance et d’un rafraîchissement. Elizabeth gagne sa vie en cuisinant et en vendant des frites, mais son rêve est de devenir commerçante. Depuis la porte du bâtiment où se réunit son groupe d’épargne, elle peut voir de l’autre côté de la rue principale du village le petit bâtiment de bureaux gris où il y a des boxes à louer. Elle désire épargner assez d’argent pour louer un espace avec un prêt de son groupe et commencer sa propre boutique. Elle dit que, bien qu’elle n’ait pas grand-chose maintenant, elle continue de s’attendre à Dieu. Elle sait que Dieu a un avenir pour elle, un avenir meilleur.
Pour les femmes comme Elizabeth, les groupes d’épargne créent des rêves ; ils sont les sages-femmes de l’avenir et permettent aux femmes de réaliser et d’exprimer la richesse que Dieu leur a donnée. Les groupes d’épargne transforment chaque jour des femmes en entrepreneurs, prophètes, activistes et philanthropes. « Ses fils se lèvent et la disent heureuse »[65] et elle transforme le monde autour d’elle.
Quand nous étudions la richesse, la pauvreté et le pouvoir dans notre monde actuel, n’oublions pas l’invitation d’Ésaïe : « … détache les chaînes de la méchanceté… renvoie libres ceux qu’on écrase, (…) que l’on rompe toute espèce de joug ».[66] Mais, rappelons-nous de nous associer à l’opprimé, en comprenant bien ses chaînes avant de chercher à rompre son joug. Étudions avec l’opprimé les solutions « depuis l’intérieur » avant de supposer que celles « depuis l’extérieur » sont nécessaires. Ne sous-estimons pas la richesse des pauvres. À notre grand étonnement, avec l’aide de notre Seigneur et Sauveur, l’opprimé pourrait simplement continuer à ôter son propre joug et à danser sur la tombe de son désespoir.
© The Lausanne Movement 2010
[1] Traduit de la langue Twi du Ghana.
[2] Des quelque 6,5 milliards de personnes vivant dans le monde, environ 4 milliards vivent avec moins de 4 dollars par jour. Un milliard de celles-ci vivent avec 2 à 4 dollars par jour – en un autre milliard avec 1 à 2 dollars par jour. Le milliard restant vit avec moins d’un dollar. P. Collier, The Bottom Billion: Why the Poorest Countries Are Failing and What Can Be Done About It by (Oxford: Oxford University Press, 2007), p. 29
[3] The Red Campaign, www.redcampaign.0rg.
[4] Extrait de Freedom from Hunger, à www.freedomfromhunger.org
[5] Walter Brueggemann, The Prophetic Imagination (Minneapolis, MN: Augsburg Fortress Press, 2002), p. 65.
[6] Bien que nous nous concentrions sur le mouvement du microcrédit, il y a d’autres mouvements importants en cours. Prenez l’exemple du Liberia. Ce qui a commencé comme un mouvement de prière parmi les femmes du Liberia pour mettre un terme à la guerre civile a culminé avec l’élection de la première femme présidente du continent, Ellen Johnson Sirleaf, qui se fait le champion de l’autonomisation des femmes.
[7] Chiffre donné par la Microcredit Summit Campaign, sur la base de ses 130 millions de clients dans le monde, dont 80 pour cent sont des femmes (www.microcreditsummit.org).
[8] Bruce, Bradshaw, Bridging the Gap: Evangelism, Development, and Shalom (Monrovia, CA: Marc Publishing, 1994).
[9] Genèse 2
[10] Le capital spirituel, un sous-ensemble du capital social, est la puissance ou l’influence créée par les croyances et pratiques religieuses d’une personne ou d’une communauté (Alex Liu, « Measuring Spiritual Capital as a Latent Variable », RM Institute, Californie, 2007)
[11] Genèse 12.1
[12] David Befus et Stephan Bauman, « Economic Justice for the Poor », dans Holistic Mission : étude spéciale N° 33, Comité de Lausanne pour l’Évangélisation Mondiale, 2004, en ligne en anglais
[13] Ronald Sider, Rich Christians in an Age of Hunger (Nashville, TN : Thomas Nelson, 2005), p. 89
[14] Matthieu 6.2-4.
[15] Voir, par exemple, Actes 2.45
[16] Psaume 24.1
[17] « Qu’il est difficile à ceux qui ont des biens, d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Luc 18.24 ; Matthieu 19.23 et Marc 10.23
[18] « Nul ne peut servir deux maîtres car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autres. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. » Matthieu 6.24
[19] Matthieu 6.33
[20] Michael Novak, cité par Dinesh D’Souza, Virtue of Prosperity : Finding Values in an Age of Techno-Affluence (New York : Free Press, 2000), pp. 143-144
[21] Craig Blomberg, Neither Poverty Nor Riches (Downers Grove, IL: Intervarsity Press, 1999), p. 242
[22] Roy McCloughry, “Basic Stott” (Christianity Today, 40, 8 janvier 1996), p.29
[23] Voir, par exemple, Ronald Sider, Rich Christians in an Age of Hunger (Nashville, TN : Thomas Nelson, 2005), pp. 122-132
[24] L’ancien président Bill Clinton a présenté des excuses publiques pour les politiques qui ont conduit à l’échec des cultures de riz et autres denrées en Haïti. Voir « With Cheap Food Imports, Haiti Can’t Feed Itself », Washington Post, 20 mars 2010, en ligne.
[25] Roger Thurow Scott Kilman, Enough: Whey the World’s Poorest Starve in an Age of Plenty (New York: Public Affairs, 2009), p. xviii
[26] Bryant Myers, Walking with the Poor (Maryknoll, NY: Orbis, 1999), p. 36
[27] Pour une bonne explication de ce qu’est le péché systémique ou structurel se reporter à Ron Sider, Rich Christians in an Age of Hunger (Nashville, TN : Thomas Nelson, 2005).
[28] Luc 10.27
[29] Deepa Narayan, Voices of the Poor: Can Anyone Hear Us? (Oxford University Press, Oxford, 2002), p. 2
[30] Steve Corbett et Dr Brian Fikkert, When Helping Hurts : How to Alleviate Poverty Without Hurting the Poor and Yourself (Chicago : Moody Publishers, 2009), p. 53
[31] Connie Harris Ostwald, “A Deeper Look at Poverty: Challenges for Evangelical Development Workers.” Transformation, Volume 26 No 2, avril 2009, p. 135
[32] Bryant Myers, Walking with the Poor (Maryknoll, NY: Orbis, 1999), p. 76
[33] David Barret et Todd Johnston, T., World Christian Trends, (William Cary Library Publishers: Pasadena, CA, 2003).
[34] Clinton, H.R., “Remarks at the UN Commission on the Status of Women”, 12 mars 2010, New York, en ligne à www.state.gov/secretary/rm/2010/138320.htm
[35] “Gendercide”, The Economist, 6 mars 2010, p. 13
[36] Marc 15.40-41
[37] Jean 4.39
[38] Luc 7.47
[39] Jean 20.16
[40] Voir par exemple entre de nombreux autres textes, Ésaïe 58.
[41] Vine’s Expository Dictionary of Biblical Words. (Thomas Nelson Publishers, 1985), en ligne
[42] John R. Schneider, The Good of Affluence: Seeking God in a Culture of Wealth (Grand Rapids, MI: Eerdmans, 2002), p. 117
[43] Dans la culture hébraïque du temps de Jésus, « … le statut d’une personne dans la communauté n’était pas tant fonction des réalités économiques, mais dépendait de… l’éducation, le sexe, l’héritage familial, la pureté religieuse, la vocation et l’économie. » Joel Green, The Gospel of Luke, (Erdmanns: East Lansing, Michigan, 1997), p. 210
[44] Pour une étude complète de ce concept, voir Jurgan Moltmann, The Crucified God (Minneapolis, MN : Augsburg Fortress, 1993).
[45] David Bosch, Transforming Mission: Paradigm Shifts in Theology of Mission, (Maryknoll, NY: Orbis Books, 1991)
[46] Cité par Ronald Sider, Rich Christians in an Age of Hunger (Nashville, TN : Thomas Nelson, 2005), p. 125
[47] Lesslie Newbigin, The Gospel in a Pluralist Society (Grand Rapids, Eerdmanns, 1989), p. 129
[48] Ibid. p. 134
[49] Steve Corbett et Dr Brian Fikkert, When Helping Hurts : How to Alleviate Poverty Without Hurting the Poor and Yourself (Chicago : Moody Publishers, 2009), p. 67
[50] Les Occidentaux doivent prendre conscience de la supériorité qu’ils font passer, intentionnellement ou non, à ceux qui appartiennent au monde majoritaire.
[51] Souvent caractérisée comme devenant « une voix pour les pauvres ».
[52] Dans Pedagogy of the Oppressed (New York ; Continuum Books, 1990), Paulo Friere s’y réfère en parlant de « conscientisation » c’est-à-dire : le moment où la personne pauvre passe d’un simple objet en cours de changement pour devenir vraiment un sujet ou un agent du changement.
[53] Joykumar Christian s’attaque à ce sujet en identifiant la « pauvreté d’être » et la « pauvreté de vocation » comme les formes les plus profondes et les pires de pauvreté. Voir Bryant Myers, Walking with the Poor (Maryknoll, NY: Orbis, 1999).
[54] Steve Corbett et Dr Brian Fikkert, When Helping Hurts : How to Alleviate Poverty Without Hurting the Poor and Yourself (Chicago : Moody Publishers, 2009), p. 126
[55] Rowan Williams, “Relating Intelligently to Religion”, Guardian.co.uk, 12 novembre 2009, en ligne
[56] CGAP Focus Note 24, World Bank, en ligne
[57] Nicolas Kristoff et Sheryl Wudunn, Half the Sky (New York: Knopf Publishing, 2009), p. 191
[58] Pour des informations supplémentaires, voir CGAP Focus Note 37, “Safe and Accessible: Bringing Poor Savers into the Formal Financial System,” http://www.microfinancegateway.org/gm/document-1.9.28097/36533_file_04.pdf, septembre 2006
[59] Fiche pays du Burundi, Rapport du PNUD sur le développement humain 2009, http://hdrstats.undp.org/en/countries/data_sheets/cty_ds_BDI.html
[60] Walter Brueggemann, The Prophetic Imagination (Minneapolis, MN: Augsburg Fortress, 2002), p. 117
[61] Walter Brueggemann, The Prophetic Imagination (Minneapolis, MN: Augsburg Fortress, 2002), p. 112
[62] Ibid., p. 117
[63] Le fonds social d’un groupe d’épargne est une réserve d’urgence utilisée pour soutenir les membres en temps de détresse. Les membres du groupe contribuent à parts égales au fonds à chaque rencontre, pour un montant s’élevant d’ordinaire à un quart ou une moitié du montant de la cotisation. Le fonds social agit de manière similaire à un produit d’assurance. Il ne ressemble cependant en rien à une police d’assurance, parce que les membres décident de quand et comment utiliser le fonds social pour montrer leur compassion à leurs pairs qui affrontent une crise. Par exemple, un groupe d’épargne au Kenya distribue des bourses de 27 dollars aux membres qui ont un décès ou une maladie grave dans leur famille, ou pour d’autres événements majeurs de la vie comme de payer le mariage d’un membre de la famille.
[64] Matthieu 5.14
[65] Proverbes 31.28
[66] Ésaïe 58.6
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Mots-clés: les femmes, l’épargne, la pauvreté, la richesse, l’Afrique, l’espoir, l’avenir, l’autonomisation, le bien-être, la compassion, la fraternité, principes, de réflexion, shalom, la mission, l’image-porteurs, l’intendance, les relations, la justice
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États-Unis
There are so many things and ideas that are reinforced in this article. I am one who so often times gets caught up in my own independence, and the need to "do" things for others. Reflexing on my personal experiences and also on this article has helped me again place the perspective that so often times I and others learn outrageously more when we are given the resources but required to do the task ourselves. By these loans providing a hand up not a hand out the women are able to live into their God given talents, dreams and own them, while sharing them with others. This not only encourages me but makes me think what can I do to be a life changing benefit to another.
08.09.2011
États-Unis
I thoroughly enjoyed this article. The idea that the community should strengthen itself reminds me of asset-based community development. As an person of African descent in America I am guilty of thinking that we should help Africa more with financial remedies without thinking about the importance of transformation through identifying and building upon their own assets.
17.04.2011
Afrique du Sud
Community farms: (Kibbutz)
4 land & wealth redistribution, to evangelise the community: To train, educate, work, live and have a base from where to launch missionaries into the community. A community farm is where the Christians in the community corporately owns the property. Our corporate finances provide 4 cost of the farm, infrastructure & accommodation for those working on farms while they are discipled. Investors, invest directly in the crops to secure food and jobs for the people. Thousands of jobs will be created where people could be evangelise, reconciled, unity restored and worldviews changed to a Biblical one. Farms will act as a place of employment, a basic income, a missionary training School, an orphanage and launching pad to send trained missionaries. Here Christ Jesus will be a way of living where the community will see what we preach!
Three legs: (Operating separately)
1. Accommodation and employers Lodges/Hostels on farms with infrastructure:
2. Education, “Skills” development, Discipleship training & orphanages.
3. Agricultural projects – investment arm. (Project financing). Outside investors.
Full scale business to create a holistic cosmos to the missionary to have the infrastructure needed to live and operate in without lack or limitations.
Shammah Foundation: Marius Brand: Cell 082 9210 275, e-mail - mariba@zsd.co.za. www.koevoet4christ.co.za
18.10.2010
Pérou
COMENTARIO
Muchas gracias hermanos por compartir con nosotros este escrito previo al Congreso.
El tema que presentan es realmente útil y oportuno para este tiempo de tantos cambios He iniciativas para apoyar y acudir a los grupos de pobreza extrema. Yo puedo dar fe que la propuesta de empoderamiento del llamado “pobre” es fundamental y útil para un cambio integral, desde mi modesta experiencia latinoamericana reconozco la lucha entre desafiar al pobre y sobre protegerlo. Lucha entre la inclinación a la dependencia frente a la independencia emprendedora .Considero muy claves los conceptos que ustedes comparten al hablar de las implicancias del alcance de deseo d Dios “ shalom “así como los principios bíblicos relacionados con la riqueza, pobreza y el poder.
Las experiencias del trabajo con las mujeres, es inspiradora .En resumen hermanos, todo lo compartido en este texto significa una herramienta para ser compartida en mi iglesia y entre mis amigos que viven en lo que califican como pobreza extrema.
Yo trabajo alcanzando a jóvenes en estado de riesgo social junto con un equipo mixto de trabajadores nacionales y extranjeros ,en mi país hay aun mucho que hacer en lo que se refiere a la concepción de los más pobres ,pretendo recoger mucho de lo que ustedes comparten para llevarlo a mi Iglesia local como herramienta de desafío .
12.10.2010
Roumanie
thank you for a fantastic article that grounds proven practice in theological approaches to poverty.
06.10.2010
France
Tank you for this very interesting contribution, that reminds the holistic character of the Gospel. I appreciated especially the analysis of poverty in terms of self image, humiliation, powerlessness.
One line of thought it opened for me is the connection between the necessary empowerment of women, and its impact on men. Empowering women is needed to enable them to increase their autonomy and limit their vulnerability. But to what extent does this ministry to women impact the way men see women and themselves? Can there be a way of dealing with this issue that would also empower men and show them a biblical image of themselves?
A second point appeared while I read this article. As far as I know, this ’saving movement’ is less efficient in western individualistic cultures: opportunism seems to be more developped and makes it difficult to build the required trust in a group. It makes me think about the down-to-earth initiatives that could encourage empowerment AND trust in our societies.
Thank you for making me think further about the way we have to find to be relevant and coherent with the gospel we preach.
05.10.2010
Argentine
Muchas gracias por esta excelente presentación que trae inspiración, aliento y nos ayuda para ampliar la vision con una perspectiva renovada. Muchas gracias por desafiarnos y me impactan las palabras finales: ¨Al contemplar la riqueza, la pobreza y el poder en nuestro mundo de hoy, no olvidemos la invitación de Isaías a “soltar las cargas de opresión… dejar ir libres a los quebrantados” y a romper “todo yugo”. Pero recordemos acercarnos a los oprimidos para comprender profundamente sus cadenas antes de procurar liberarlos de su yugo. Analicemos junto con los oprimidos soluciones “de dentro hacia afuera”, antes de concluir que son necesarias soluciones de “afuera hacia adentro”. No subestimemos la riqueza de los pobres. Para nuestro asombro, con la ayuda de nuestro Señor y Salvador, los oprimidos pueden continuar desprendiéndose ellos mismos de sus yugos y danzar sobre sus tumbas de desesperanza¨
Pièces jointes téléchargeables
12.08.2010
Taïwan (RDC)
Thank-you for reminding us that everyone has resources to share with those around them.
One concern I always have with any programme is that when divorced from the gospel (I’m not saying you did this -it just wasn’t always explicitly stated) it changes it’s meaning. It is the gospel that tells us that everyone has worth because we are made in God’s image. It is the gospel that gives hope and meaning to why we should care and work together and be creative...some famous organizations which started as gospel focussed have now drifted from this and thus diluted their effectiveness.
One of the things I loved in a previous church planting area was that it was communicated over and over that ’offerings’ didn’t have to be money. Some people contributed food, others wisdom and pastoral care, others their skill in cooking the food ...even so there was still one old lady who quit coming because she felt inferior and unable to communicate. It took a lot of going over and over the concepts of worth in God’s eyes apart from what she could contribute and also the concepts of being a ’body’ and when she wasn’t with us that we were ’crippled’ in some way.
26.07.2010
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